
Flo Arnold – La Mémoire des Sens.
À travers le collage, la superposition de fragments translucides et les jeux d’effacement, Flo Arnold développe une pratique où l’image se donne comme un processus ouvert, instable, traversé par le temps, la disparition et la transformation.
Cette recherche visuelle est indissociable d’une investigation olfactive menée en parallèle. L’odeur y est pensée comme une matière invisible, complémentaire de la matière visuelle, capable d’activer des strates mémorielles profondes et de prolonger l’expérience perceptive de l’œuvre. À l’instar des fragments d’image, les références olfactives — naturelles, organiques, parfois diffuses — fonctionnent comme des réminiscences sensorielles, surgissant de manière non linéaire et non hiérarchisée.
La composition ne vise pas la représentation d’un corps identifiable, mais la suggestion d’une présence latente, en devenir. Les fragments assemblés agissent comme des strates mémorielles visuelles et sensorielles, porteuses de traces, de gestes antérieurs et de matières déjà éprouvées. L’odeur, bien que non figurative, participe à cette construction fragile de la présence, en convoquant une mémoire involontaire, intime et souvent difficilement verbalisable.
Le vide occupe une place centrale dans l’économie de l’œuvre. Loin d’être un simple arrière-plan, il constitue un espace actif de suspension, comparable à une zone de silence. Ce vide — visuel et sensoriel — ralentit la perception, ouvre la composition et instaure une temporalité étendue, laissant au regard et aux sensations le temps de se déployer. Le sens ne s’impose pas immédiatement ; il se construit dans la durée de l’expérience, par accumulation et résonance.
La matérialité du collage — papiers superposés, transparences, zones d’effacement — dialogue ainsi avec une matérialité plus diffuse, faite de traces, de persistances et d’évaporations. Ce qui est donné à percevoir n’est pas tant une image ou une odeur définie, mais ce qui subsiste d’elles : des résidus, des vestiges, des impressions. L’œuvre se situe à la frontière entre apparition et dissolution, entre présence sensible et perte.
En laissant volontairement le champ interprétatif ouvert, l’œuvre engage le spectateur dans un rapport intime. Flo Arnold interroge les notions d’identité, de mémoire et de métamorphose non comme des thèmes illustrés, mais comme des états sensibles, perceptibles dans la matière visuelle et dans les résonances qu’elle suggère.
Ce travail affirme ainsi une poétique de la trace élargie, où l’image devient un espace de projection, de respiration et de mémoire sensorielle.
David Vianni